Seventies (10)

Publié le par Belette

Nouvelle (10) 

   Elle a gloussé à nouveau, Isabelle s’est attachée à cette image de chiens, absolument obscène. Elle en a déjà vu, des chiens accouplés, à la campagne, ça n’avait pas l’air tellement plaisant, ni drôle, des fois la chienne elle s’impatientait, alors elle avançait, mais c’était pas fini, et le clebs, il pouvait pas se décrocher,  ça couinait, c’était totalement ridicule. Une angoisse la traverse : et s’il en allait de même pour les humains, concernant le décrochage…

- … en même temps on a regardé la télé… ses vieux, ils ont la télé, c’est chicos chez lui… Faudrait qu’on ait la télé ici, tu pourrais pas demander à ton père ?

- Ecoute, Bichon, déjà faut que je lui fasse admettre que t'es là à vivre à mes crochets ... Alors pour la télé ...

Annie a éclaté de rire… « En plus elle se marre… il y a quelque chose de changé sous le soleil », a pensé Isabelle,  en proie à des sentiments mitigés, quelque chose entre le dépit et l’excitation.

-… et puis attends ! À cinq heures, on est sortis … putain, j’étais fière, il amis ce manteau, regarde ça ! de la chèvre angora, qu’il a ramené d’Afganistan… Un mec comme ça, moi, ça me troue !

Isabelle s’est retournée et elle a vu le manteau accroché à une patère… une splendeur ! tout brodé de dessins géomètriques, en camaïeu de bruns, avec cette fourrure argentée et souple qui dépassait aux manches et en bas.

- Il te l’a donné ?

- Prêté seulement… tu peux l’essayer si tu veux…

Isabelle s’est levée pour toucher les longs poils soyeux qui tapissaient l’intérieur, elle y a passé sa main et elle a pensé à la peau d’Enrico, puis elle a enfilé le manteau et elle a respiré un mélange de cuir de chèvre, et d’une odeur citronnée qui devait être celle d’Alexis.

Annie s’est excitée, enchaînant les « putain » et « ça me troue » elle a tout raconté, tout ce qu'elle savait sur le garçon au manteau. Mais ce qui l’a le plus impressionnée, Isabelle, c’est que ce garçon, malgré son jeune âge, avait déjà vu la moitié de la terre.

Parce que les voyages, Isabelle c’est son grand truc. Depuis qu’elle a douze ou treize ans, elle rêve à des pays lointains, exotiques, se nourrit de récits d’explorateurs, d’aventuriers et d’ethnologues, et bien sur, des aventures de Bob Morane. Comme pour tout, elle s’est adressée à M.Demorny, son merveilleux papa, et elle l’a tanné de nombreuses fois pour qu’il demande une mutation aux Antilles ou à la Réunion, mais il répondait toujours que ce serait mettre en péril ses études qui étaient la chose autour de quoi gravitait tout l’univers des Demorny.

A suivre...

 

Publié dans Fiction

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L
Ça sent la chèvre... et ça sent son vécu !prk
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L
Y a pas à dire, ça sent la chèvre... et son vécu !
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G
On rêvait tous d'avoir ce genre de manteaux...Ca doit être complètement ringard aujourd'hui, j'en vois plus. Ca sentait très fort !
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T
Bob Morane / Isabelle ... beaucoup d'allusions indochinesques ! <br />  
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L
Belette je suis venue te souhaite de bonnes fêtes de pâques<br />
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