Premier contact avec l'Inde, sur la route de Jaipur.

Publié le par M.Pan

Je ne vais pas vous parler ici des palais et des merveilles de l'Inde, enfin, pas uniquement... mais de ce j'ai vu et ressenti sur 2000 kms en voiture sur les routes et dans les petites villes non touristiques.
Toute personne qui prévoit de voyager en Inde par la route doit savoir que c'est un  peu COMME DE JOUER A LA ROULETTE RUSSE !
 
Et je vais vous conter nos tribulations en fin de mousson avec un chauffeur qui a mauvais caractère,  et  deux arrière-grand-mères (76 et 87 ans) dans la voiture.
Oui, je sais c'est pas prudent !...  mais elles en rêvaient depuis si longtemps... ET comme elles sont assez en forme, on a décidé de le faire avec elles, ce fameux voyage...  Et nous y voilà !
 
Arrivés à minuit heure locale, nous comatons plusieurs heures  sur des banquettes en plastique de l’aéroport Indira Gandi en attendant l’avion de Quatar-Airlines dans lequel ma maman et sa cousine Aglaé, depuis Paris, via Doha. Elles arrivent à 4 heures du matin. Nous changeons de l’argent à l’aéroport. Comme souvent, ma maman a un truc pas clair à proposer : elle sort un vieux traveller chèque de 500f suisses de trente ans d’âge, sûrement périmé. Le gus est suspicieux, il refuse de le prendre.
Pour notre bonheur, le chauffeur de l’agence  (location de véhicules avec chauffeur) est là plus tôt qu’on ne s’y attendait, c’est Aglaé qui aperçoit notre nom sur la pancarte grâce à son œil de lynx, fraichement opéré de la cataracte, et c’est bien parce qu’on est cuits (moi, en tout cas).
 
Il nous emmène chez son patron (M. ) qui est à son domicile car c’est dimanche. Nous roulons une bonne demi-heure et arrivons au petit matin, dans un quartier plutôt chic. M. P nous reçoit dans son salon, c’est un Sik. Au saut du lit il ne porte qu’un turban minimaliste en toile écrue et une sorte de pyjama blanc. Sa barbe est assez longue, poivre et sel et il semble affligé d’une crise d’eczéma qui lui rougit la figure. Il nous reçoit fort aimablement.
 
Madame fait une apparition, nous salue à l’indienne et nous fait servir le thé et les biscuits, ce qui me requinque un peu. Après les civilités, commencent les discussions sur la location du véhicule. M. P est carré en affaire, aucune mauvaise surprise. Nous payons la moitié de la somme, le solde sera à verser au chauffeur à notre retour. M. P indique que nous pourrons également lui donner un pourboire si nous sommes contents de lui . Pendant tout l’entretien ledit chauffeur, qui s’appelle Griss, s’est tenu debout dans un coin de la pièce, les yeux modestement baissés, tandis que nous sirotions notre thé écroulés dans les sofas de M. P. On ne lui a rien offert. Chacun à sa place, nous sommes en Inde !
 
 La voiture est un Toyota Qualis 4X4 annoncé pour 8 personnes (sûrement 8 nains sans bagage). Nous sortons de Delhi et prenons une route à quatre voies. Griss est un ours, il nous renseigne en maugréant … ce voyage ne lui plait pas…fait-il semblant de ne pas comprendre ou parle t-il  très peu anglais ?   Nous comprendrons par la suite que le parcours que nous souhaitons n’est pas habituel, lui ce qu’il aime c’est « faire le Rajasthan » qu’il connaît par cœur.
 
Sur la route, le trafic est dense et les véhicules hétéroclites, certains très étranges, des camions très délabrés et même certains complètement désossés dont il ne reste que les roues, un plateau et le moteur sur lequel est assis le chauffeur. Il y a beaucoup de deux roues surchargés, des motos ou des scooters qui portent des familles entières (4 ou 5 personnes) Les femmes montent en amazone pour ne pas renoncer au sari dont les pans flottent joliment dans le sillage des véhicules, et ne portent jamais de casque.
 
Des camionnettes transportent souvent des dizaines de personnes accrochées à l’extérieur comme des essaims. Il y a aussi des charrettes tirées par des chevaux, des chameaux, des buffles, et parfois des gens. Des bétaillères servent d’autobus, certaines transportent même des femmes en tenue de fête (c’est dimanche !) elles portent des bijoux et des vêtements magnifiques bordés de fils d’or. L’avant des camions est très décoré et brille de chromes, d’images et de breloques, l’arrière est sale et pourri. On peut toujours y lire écrit en très gros : « Horn please » (klaxonnez s’il vous plait), et personne ne s’en prive. On klaxonne tout le temps, pour tout, pour rien, juste pour dire qu’on est là. Parfois il y des panneaux en travers de la route qui font comme des chicanes et obligent presque à s’arrêter, ce sont des publicités placées là par le troquet du coin.
 
Il y a mille petits commerces au bord de la route, construits de bric et de broc, en tôles ou en torchis, des sortes de marchés permanents ouverts sur la rue. Le paysage est plat, les villages traversés sont d’une laideur effarante, les murs souvent recouverts de vieilles publicités rongées par l’humidité. Le bleu de Pepsi-cola domine, à croire que la firme a déboulé un beau jour avec quinze tonnes de peinture pour tout badigeonner. Dans les champs des buffles tout noirs pataugent dans les flaques de boues qui sont nombreuses car la mousson est à peine terminée. Des hommes presque nus se lavent dans les fontaines. Ils portent autour de la taille de simples linges qui passent entre les jambes. M’man, parfois peu charitable, appelle ça des barboteuses.
 
Des champs de maïs se succèdent, il est si clairsemé que l’on se demande s’il est vraiment cultivé. Vers onze heures le paysage devient moins plat, des montagnes se profilent sur la droite. Nous voyons notre premier accident d'une série de douze : un camion les roues en l’air en contrebas de la route, pneus explosés. Nous traversons des villages aux maisons de chaume et de torchis à demi inondés , envahis de tous les animaux de la création. Les bourgades, des bidonvilles sur champs de détritus, sont épouvantables, avec des publicités insolites (Nokia connecting people, appareils de musculation…).
 
Le soleil est blême, la moiteur extrême, la chaleur accablante. Les chèvres ont des oreilles d’épagneul. Parfois une cascade de bougainvilliers vient rompre l’affligeante médiocrité du paysage. Je suis très fatiguée… Mais l’entrée dans Jaipur réveillerait un mort !
 
 (à suivre)
 
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Publié dans obsindep

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