Inde, journal de voyage : Les routes de l'enfer

Vive les vaches !
Inde (suite)
Il semble que plus on s'éloigne du Rajasthan et plus les choses empirent. Il est vrai que nous sommes dans l'état le plus pauvre de l'Inde. Les routes sont de plus en plus mauvaises, les villages et les villes plus misérables et il pleut. De plus Griss, notre chauffeur, ne connaît pas cette région, il n'y est venu que deux fois il y a très longtemps. Il tousse de plus en plus, a l'air fièvreux. Il pleut de plus en plus fort.
Ce trajet est hallucinant, la boue envahit tout, les routes sont défoncées, pleines de fondrières remplies d'eau. Dans les villes systèmatiquement bloquées par des embouteillages de rickshaws, de camions et de vaches, les trottoirs inexistants, les travaux commencés puis laissés en plan, les immondices, les bêtes errantes.. tout concourre à créer un paysage d'enfer.
Des animaux morts pourrissent sur les tas d?ordures, des oiseaux les picorent, des enfants fouillent les détritus que leur disputent des cochons. Des gens posent culotte n'importe où. D'autres ramassent des bouses et les chargent sur des charrettes à bras. Un boeuf tire une bétonnière. La saleté est colossale. Au milieu de tout ça, des femmes en saris flamboyants évoluent en retroussant leur soie. Des policiers tout de blanc vétus tentent de mettre un semblant d'ordre dans la cohue. Sur les marchés que rien ne décourage, la nourriture abonde, magnifique, et le bétel aussi. Chaque petite ville est une épreuve.
Dans les campagnes, s?étendent des jardins bien entretenus où travaillent des femmes en sari, des marécages et des rizières magnifiques. Des écolières en robe bleue, pantalon et écharpe blancs marchent le long des route. On voit de nombreuses briqueries, cela semble une activité importante dans l'état.
Griss semble épuisé, l?heure de son repas (et du nôtre) est largement dépassée, mas le long de cette voie, il n'y a pas grand chose. Finalement, il s'arrête dans une espèce de gargote pour routiers dont l? accès est complètement inondé. Il se gare, on se croirait au milieu d?un marécage. Nico va repérer la bouffe. Dans de grand chaudron bouillonnent des sauces rouges et vertes plutôt appétissantes et du riz. Personne ne parle le moindre mot d'anglais. Le cuisto, par l?intermédiaire de Griss, explique que c'est très très épicé, donc pas pour nous. Nico commande des galettes de pain qui sont généralement très bonnes. Faire les vingt mètres qui nous séparent de l'abri est un gros problème, surtout pour M'man qui est en pantoufles. Nous la portons, non sans mal, manquant plusieurs fois de nous retrouver dans la flotte. Les types dans la gargote sont écroulés de rire, c'est pas souvent qu?ils ont une telle distraction. Aglaé prend une photo malgré les protestations de M'man qui pense que le ridicule tue... finalement on se marre bien. On mange du pain, des biscuits avec du thé.
Dans l'après midi, la route devient si mauvaise, nous sommes tellement secoués que je commence à regretter très vivement cette équipée, je regrette surtout d'y avoir entrainé Aglaé et ma maman qui ne sont pas d?un âge à faire n'importe quelles folies de leur corps. Moi-même je me demande si Bénarès vaut vraiment tout cette fatigue, cet inconfort et ces risques d'accidents. Il existe une route qui coupe directement vers Orcha et qui nous raccourcirait considérablement le trajet, mais évidemment il faut renoncer à Bénarès. Personnellement, je serai assez tentée par cette solution, je la propose et on vote : une voix pour (la mienne), deux voix contre(M'man et Aglaé veulent aller à Bénarès quoi qu'il en coûte ! on voit qu'elles ont fait la guerre...), une abstention (Nico).
Donc, en route pour l'enfer.
A suivre
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