Inde, journal de voyage. Sur la route de Bénarès

Publié le par Surcouf

(Suite) Septembre 2005
 
Au matin, nous remontons dans le Toyota Qualis sans aucun plaisir pour cette très longue étape, en espérant que les routes vont s’améliorer. Mais il n’en est rien. L’Uthar Pradesh est un état totalement sinistré. Nous retrouvons les conditions désastreuses de la veille , heureusement, il a cessé de pleuvoir. Le paysage est d’une monotonie sinistre : villages misérables et inondés avec des buffles qui se roulent dans les flaques et se couchent au raz des portes, enfants barbotant dans la boue… mais toujours saris flamboyants ! Comment les gens font-ils pour rester propre dans cette situation ?
 
Les routes deviennent de plus en plus étroites, bientôt nous ne pouvons plus croiser et Griss, notre chauffeur bien aimé, toujours malade, sort de la route à tout instant. Nous comprenons qu’il s’est trompé de chemin. Cela nous vaut un large détour par des chemins à peine carrossables. Paradoxalement, cette zone archi rurale est moins laide que les abords des grandes routes. Il y a moins de détritus lents à se dégrader . Bien sur tout est inondé et boueux, les bourgades sont toujours aussi encombrées d’étals, d’animaux, de rickshaws et de cyclos en tous genre, mais les campagnes sont vierges des pollutions habituelles.
 
Ce sont rizières magnifiques à perte de vue ou des paysages de marécages avec des troupeaux de buffles, des chevaux, des ânes, des cochons. Nous traversons un vieux bourg fortifié dont la porte d’entrée est à peine assez large pour la voiture. Les gens nous regardent avec un extrème curiosité et sans aucune gène mais ils ne réclament rien, et les enfants ne mendient pas. Une vache passe devant nous avec une atèle à une patte arrière. Cet endroit est sûrement le même aujourd’hui qu’il y a des siècles.
 
Nous retrouvons une « grande » route au bout d’une heure et demi de cahots. Parfois nous empruntons des tronçons de route à quatre voies, tous neufs, et on a l’impression de s’envoler. Puis on retombe sur une zone en chantier où il n’y a plus de goudron du tout, où il faut passer dans des fondrières pleines de boue et escalader des tas de terre.
Beaucoup de camions sont en panne. Alors le chauffeur plante son véhicule au milieu de la chaussée et il dispose des grosses pierres tout autour pour faire sa réparation. L’ennui c’est que, lorsqu’il repart, il laisse les pierres au beau milieu. Nous rencontrons fréquemment ce genre d’obstacle depuis que nous roulons dans ce pays.
 
D’ailleurs l’asphalte sert à tout : les gosses y jouent, les animaux y dorment, les gens y pique-niquent, parfois un groupe d’hommes ou de femmes devisent assis en rond sur la chaussée. Nul ne s’en offusque. Parfois, au bord de la route, des nuées d’oiseaux, surtout des corbeaux, s’acharnent sur la dépouille d’animaux morts, percutés par des véhicules, mais c’est finalement assez rare au regard du nombre d’animaux qui déambulent. Pour eux, les indiens s’arrêtent ou se déroutent, et cette tolérance envers nos frères animaux est assez sympathique.
 
Nous sommes encore à 165 kms de Bénarès (Vanarasi pour les indiens). Le paysage change, devient plus arboré. On voit des bananeraies. A l’approche de la ville de Alahabad, il y a plus de musulmans, d'autant que c’est vendredi. Les femmes sont voilées de noirs comme les iraniennes.
 
Nous traversons Alahabad, c’est est une ville d’étudiants, nous voyons de nombreuses écoles d’enseignement supérieur, et beaucoup de lycéens en uniforme. Chaque école a le sien, les filles portent la robe tunique, le pantalon qui dépasse et l’écharpe, parfois la jupe plissée, de préférence écossaise. La ville est importante, elle semble riche, les tchouk-tchouks sont superbes, les compagnies rivalisent de décorations .
 
Griss est perdu. Toutes les indications sont écrites en Indi, nous ne pouvons l’aider. Nous nous demandons s’il sait lire. Il s’arrête plusieurs fois pour demander son chemin, mais toujours à des pauvres types apparemment peu concernés par les déplacements motorisés . Sans doute Griss est-il d’une caste assez basse, de ce fait il n’est pas à l’aise pour s’adresser à des gens socialement favorisés. Nico profite d’un arrêt pour demander à un gars en col blanc qui porte des livres. Le type nous renseigne en anglais.
 
Nous repartons, trouvons le pont sur le Gange. C’est bon signe. Ce pont est très long car le lit du fleuve est large bien que celui ci ait assez peu d’eau, la mousson n’a pas été suffisante et de vastes bancs de sable affleurent. Sur les rives on aperçoit de nombreux temples et quelques petits gats (escaliers qui descendent dans l’eau - PHOTO).
 
Nous sommes bien sur la route de Vanarasi mais Nico soupçonne que Griss n’a pas pris l’itinéraire le plus simple, qu’il s'est trompé encore une fois. Il lui en fait part. Griss ne répond pas. Nico insiste en y mettant les formes : « Y a t-il une raison pour que vous n’ayiez pas pris la route directe ? ». Il grommelle. Il est humilié. Nous laissons aller, de toutes façons nous sommes trop engagés pour retourner sur nos pas.
 
Il se remet à pleuvoir, nous roulons sur des routes qui ressemblent à des champs de patates, dans un paysage affreux sous un ciel plombé. La nuit va bientôt tomber, nous sommes partis depuis dix heures et nous ne savons pas vraiment où nous sommes. Je peste contre Griss et son sale caractère, son orgueil mal placé, et contre ce pays de malheur où je jure de ne plus jamais remettre les pieds.
 
A suivre
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Publié dans obsindep

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P
La santé va toujours ?
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B
Tout va bien merci. Le dos en a pris un coup mais pas pour longtemps. Le pied de "M'man" a mis 2 mois a retrouver sa forme et lui a valu 3 ponctions et une engueulade de son toubib ... mais à présent, elle est prête à remettre ça... <br /> Belette