Inde, Journal de voyage : au Burning-gât

Publié le par Surcouf

Inde, journal de voyage (suite) Septembre 2005
 
Vers neuf heures, nous sortons dans la ville pour changer des travellers-chèques. Nous décidons de ne pas utiliser la voiture dans Bénarès (Vanarasi, pour les Indiens), et prenons deux rickshaws. Faire du rickshaw est une expérience difficile pour un occidental, le type est maigre et nous voyons la sueur ruisseler dans son dos. Quand il peine trop, nous proposons de descendre, mais il refuse. Nous remarquons qu’il est accompagné (surveillé ?) par d’autres gars qui donnent une petite poussée quand il ça devient vraiment trop dur.
 
Nous avons affaire à une équipe. Il y a le chef qui ne fait que prendre l’argent, les sous-chefs, qui surveillent et parfois conduisent des tchouk-tchouks (petits engins motirisés à 3 ou 4 places), et puis il y a les gars de la base, ceux qui pédalent. Comment s’instaure la hiérarchie ? mystère.
 
Notre "pédaleur" est un type sympathique, très souriant, il a trente-cinq ans, une femme et 4 enfants, il pédale depuis 7 ans et gagne environ 700 roupies par mois (1 euro= 53 roupies). Son "supérieur" n’a que trente ans, il s'appelle Sarmar et doit se marier au mois de décembre avec une fille choisie par ses parents, les astrologues ont donné leur feu vert. Sarmar décide qu’il sera notre guide dans Vanarasi. Il prend M’man sous sa protection, lui donne le bras, la guide comme une infirme (qu'elle est, présentement !).
 
Les rickshaws se faufilent au milieu d’un effarant trafic qui ne nous étonne même plus, mais, sans doute à cause de l’étroitesse des rues, il y a moins de camions et de voitures que dans les autres villes. Nous arrivons au centre pour apprendre que les banques n’ouvrent qu’à 10h30. Notre guide autoproclamé nous propose d’aller jusqu’au « burning gât », le gât des crémations. Les rues qui y conduisent sont si étroites que même le rickshaw ne peut les emprunter. Nous partons à pied.
 
Sarmar Aide M’man à marcher, lui aussi l’appelle Mama, il la soutient, presque il la porterait ! Elle l’appelle "son chevalier servant". Nous marchons un quart d’heure dans des ruelles poisseuses d’humidité et de bouses de vaches. Des petites boutiques sombres qui jalonnent le parcours, s’échappent parfois des odeurs délicieuses d’épices ou de parfums, suivies dix mètres plus loin de relents répugnants. Nous arrivons au burning-gât par la réserve de bois destiné aux bûchers. D’immenses tas sont empilés au bord du fleuve.
 
Nous sommes accueillis par des gens qui disent travailler pour la maison des "Vieux pauvres sans famille qui attendent la mort" juste à côté du lieu des crémations. C’est un mouroir qui s’annonce comme tel et n’en a pas honte. Le but est que ces gens aient une crémation en bonne et due forme et que leurs âmes soient ainsi libérées. Pour ces Indiens à la spiritualité ardente, la mort est la grande affaire de la vie.
 
On nous escorte dans une sorte de tour qui domine l'espace reservé aux crémations. Ce lieu est à étages. Au plus haut, nous explique t-on, on brûle le corps des brahmanes, en bas, au ras de l’eau, on brûle le corps des intouchables. Entre les deux, les autres trouvent leur place selon leur degré de pureté. En bas de la tour, justement, un gars est en train de se consumer tranquillement sur son bûcher. C’est un homme car le linceul est blanc. Un tondu torse nu officie à côté du bûcher, entretenir le feu est son boulot. Nous sommes impressionnés.
 
Un jeune homme très pédagogique, aux dents noircies par le bétel, nous explique le cérémonial, le comment et le pourquoi des choses. Il parle lentement un bon anglais. Nous traduisons pour Aglaé et M’man. C’est lui qui entretient le feu éternel qui brûle sans arrêt depuis des millénaires et sert a allumer les bûchers. L’explication dure un bon quart d’heure. Nous apprenons que l'homme le plus riche de la ville est un intouchable... c'est lui qui fait l'approvisionnement en bois. Ce travail impur ne peut être accompli que par des gens de basse caste !
 
Pendant qu’il parle, on amène sur une civière, un autre candidat. Il est recouvert de brocart, synthétique, précise le savant jeune homme. L’ensemble est plongé dans le fleuve puis installé sur un bûcher.
 
Plus loin, sur le Gange, il y a des barques chargées de pèlerins qui regardent la scène. Dans l’eau autour des bûchers, des types plongent pour récupérer les bijoux dont la famille s’est débarrassée en signe de deuil (Il faut que tout le monde vive !). Un homme, immergé jusqu’à la taille, se shampouine la tête.
 
Avant que nous ne prenions congé, on nous demande une participation pour acheter du bois pour la crémation des vieux du mouroir. Nous râclons nos poches car, n'ayant pu passer à la banque, nous manquons de roupies, finalement nous donnons 500 roupies, ce qui équivaut à 3 kg de bois, ça fait vraiment "rat"... parce qu’une crémation ça requiert des dizaines de kgs !
 
En remontant nous croisons des familles au crâne tondu, ce sont des gens qui ont incinéré un des leurs il y a dix jours et qui vont se recueillir. Le long des ruelles il y a de nombreux lieux de cultes, des petits temples ou des ex-voto pris dans les murs et généralement peints en orange.
 
A suivre
v
Publicité

Publié dans obsindep

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article