Inde. Journal de voyage : Le Grand Gât de Bénarès

Inde. Journal de voyage, (Suite) septembre 2005
Les quelques jeunes pensionnaires que nous croisons dans l’hôtel sont particulièrement froids et distants, c’est à peine s’ils répondent à notre salut. Nous apprendrons plus tard que ce sont de jeunes militaires israéliens fraîchement démobilisés. Il est de tradition, paraît-il que les jeunes, filles et garçons, une fois leur période militaire terminée, fassent un voyage en Inde ou en Amérique du Sud.
Le lendemain, de bon matin, nous sommes sur la terrasse, la petite tente jaune se réveille. Le père va se soulager au Gange derrière le fumier des buffles, puis il va chercher de l’eau. Quand il revient, sa femme et lui lavent leurs enfants. Puis Madame, qui porte un nouveau sari rouge, fait la vaisselle. Les enfants se bagarrent.
Griss, notre bien aimé chauffeur prend l’air en short. Il se refait une santé. Il est en congé du fait que nous ne nous déplaçons qu'en rickshaw ou en tchouk-tchouk. Il inspecte le Toyota Qualis dont il prend soin comme de la prunelle de ses yeux, le nettoyant intérieur et extérieur après chaque trajet. M’man dit qu’ « il doit avoir la pétoche de son patron ». Griss n'a pour tout bagage qu'une minuscule valise qu'il glisse sous un siège arrière, et cependant, chaque matin il est impeccable avec une tenue repassée de frais.
La nuit, un gars payé par Griss, dort à côté du véhicule sur une sorte de lit Picot.
Nous partons en tchouk-tchouk Aglaé, Nico et moi, avec notre fidèle Sarmar, toujours désespéré de ne plus voir M’man. Celle-ci a décidé de reposer son pied, en plus depuis notre terrasse elle assiste, comme au théâtre à la vie de la cité .
Nous allons au grand gât, celui dont on voit la photo dans les livres de géographie. Le spectacle est grandiose, la foule au bain, l’enfilade des temples dans la brume, le fleuve immense et calme, l’ancien palais du maharadja juste au dessus… Nous restons un moment à regarder, comme dit le Routard, la « plus grande salle de bain du monde » que seule la grande tolérance des Indiens nous autorise à regarder sans gène.
Au retour nous décidons de faire un arrêt chez notre changeur qui est aussi agent de tourisme. Nous voulons couper en deux l’étape de demain de crainte de revivre l’enfer de vendredi. Pour ce faire, nous devons réserver des chambres. Nous trouvons l’homme au fond de son impasse couverte, comme la veille. Il nous conseille une ville à mi-chemin et entreprend de téléphoner. Mais rien n’est simple, il téléphone interminablement à divers endroit, puis attend qu’on le rappelle. Nous sommes assis auprès de son bureau, il fait une chaleur épouvantable, lui-même s’éponge le cou sans arrêt en nous offrant des Kleenex.
Du fond de l’impasse nous arrive une odeur nauséabonde, de temps en temps, nous sortons de l’impasse pour respirer un bon coup la poussière de la rue et les pots d’échappement des tchouk-tchouks. Ça fait plus d’une heure qu’on poireaute quand il a enfin la confirmation. Je lui demande pourquoi ça sent si mauvais, j’imagine le pire… Mais il nous explique que c’est un petit temple, caché au fond de l’impasse, si nous voulons le voir, c’est bien volontiers. Moi non merci ...« Sorry, it smell too bad! ». Mais Nico et Aglaé s’avancent avec précaution pour découvrir que ce sont les offrandes de lait qui, avec cette chaleur, créent les odeurs épouvantables. On remercie pour la visite et on revient à l’hôtel où M’man a toujours son pied dans la glace.
à suivre
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