
Le désert australien : la terre fait le spectacle
Nous entrons dans un des nombreux magasins d'opales. Nous causons avec le commerçant, un grec qui était chercheur d'opales dans sa jeunesse et qui a eu de la chance. Il paraît prospère, envoie des pierres dans le monde entier. Nous comprenons que, à Coober Pedy la communauté Grecque est importante. Le gars est très sympa, content de nous expliquer que cette contrée apparemment déshéritée, en fait, c'est le Pérou ! Il nous montre des photos de sa folle jeunesse, période héroïque où il a trouvé le bon filon. Il n'essaie pas de nous fourguer sa camelote mais nous emmène dans son atelier de taille et de polissage pour nous montrer des pièces rares par leur couleur ou leur taille. L'opale est une pierre extraordinaire qui peut prendre les tonalités les plus diverses. Toues les couleurs existent dans l'opale, les vifs comme les tendres, les noirs bleutés comme les blancs veinés de pastels, et toujours avec cette effet « paillettes » qui renvoie la lumière. il nous fait une démonstration de polissage. Un aborigène entre et lui propose une pierre. Il décline, la qualité est médiocre.
La patronne de l'hôtel a deux peintures aborigènes à vendre, elles nous plaisent beaucoup mais nous arrivons juste et ne voulons pas nous tromper. Nous aimerions voir l'artiste. Mais, nous dit cette dame, l'artiste, qui est une femme, est insaisissable comme tous ses congénères. Elle paraît quand elle a besoin d'argent et on ne sait pas où elle habite.
Nous partons dans le désert faire un circuit sur piste à travers les « Breakaways », qui sont des formations de grès jaune et rouge. C'est tout petit sur la carte, mais en fait ça doit faire dans les 80 kms. Paysage brûlé impressionnant, sans aucune végétation. La température monte rapidement, il doit faire dans les 40 degrés. La Ford Falcon est climatisée, heureusement. La piste longe une grande dépression qui donne lieu à un panorama lunaire extraordinaire. Il y a eu, ici, paraît-il une mer... mais aujourd'hui, on ne peut imaginer étendue plus aride. Ici c'est la terre qui fait le spectacle, elle va du jaune primaire au blanc de craie en passant par toutes les nuances de rouge. Les Aborigène ont beaucoup utilisé ces terres colorées pour leurs peintures rituelles (corporelles essentiellement ou sur bois) et sans doute cette coutume est-elle à l'origine de leur grand talent de peintres.
Il n'y a aucun signe de vie ni humaine ni animale. Où sont les dingos, les kangourous, les opossums et les serpents? Ils se planquent dans la journée à cause de la trop forte chaleur, même les serpents qui pullulent à ce qu'il paraît, sont enfouis dans les sables. Pour les voir il faudrait arriver ici la nuit ou juste au lever du jour. On nous a déconseillé de rouler la nuit, ici, seuls les camions géants occupent la Stuart Higway, et ceci principalement à cause des kangourous qui se font percuter et créent des accidents. Les voitures, dans l'Outback, sont toutes équipées d'un pare-buffle, qu'il est judicieux d'appeler un pare-kangourou.
Nous stoppons pour faire une petite marche dans le bush. Nous longeons la « Dingo fence », c'est à dire la barrière anti dingos. C'est une chose incroyable : des milliers de kms d'un grillage qui va d'un côté à l'autre du continent, pour maintenir les Dingos au Nord et préserver les troupeaux nombreux au sud... la part du feu, en somme! Les dingos sont des chiens sauvages assez agressifs, paraît-il, mais en fait, les Aborigènes avaient réussi à vivre avec eux en bonne intelligence... il est vrai qu'ils n'avaient pas de bétail, eux !
Nous ne nous attardons pas car nous sommes littéralement terrassés par la chaleur. Alors, il ne faut pas penser que la Ford Falcon pourrait tomber en panne, et qu'on est à 50 kms de piste de toute voie civilisée... et qu'il n'y a pas de réseau téléphonique dans ces contrées.. .et qu'on a dit à personne où on allait...
Plus loin, on traverse une zone de terre noire constellée de cailloux brillants et transparents comme du verre brisé, à perte de vue. On en ramasse, en souvenir. Plus tard, un ami l'identifiera comme du gypse. Nous rentrons au motel chercher un peu de fraîcheur et nous restaurer.