Journal de voyage AUSTRALIE (12)

Publié le par Surcouf

"Karrku" de nancy Ross Nungarrayi. 7 sites de cérémonie sont représentés par des cercles concentriques. Les lignes qui les connectent sont les sentiers ancestraux connus comme "Song lines". Ils ont été fait par les ancêtres et doivent parcourus par les vivants pour être revivifiés. Les participants sont figurés par des formes en U. Les traits horizontauxrappellent les décorations corporelles peintes ou scarifiées. Le paysage est représenté par les lignes blanches sur les côtés. Les variations plus sombres sont des repères topographiques.
Peintures, song-lines, et itinéraires sacrés
    Le lendemain nous avons hâte de retrouver Sheila qui a proposé de nous emmener à l'atelier des peintres aborigènes, quelque part dans Alice Spring. Mais elle n'est pas à la galerie, à sa place, c'est un homme charmant qui nous accueille. Il est au courant, la visite aura lieu l'après-midi, les peintres n'ont pas fait d'objection à notre venue. Le courant passe tout de suite entre lui et nous, et cette personne qui est, depuis ce temps, devenue un ami - Appelons le Jim - , connaît parfaitement les peuples aborigènes. Il a vécu chez eux, a sillonné le désert dans tous les sens, parle deux de leurs langues, connaît parfaitement leur spiritualité et je crois qu'il partage, sans le dire expressément, leur mode de relation au monde. A leur contact, il a mis un peu de côté son hémisphère gauche, et acquis une sensibilité et une intuition auxquelles il se fie, dans ses choix, beaucoup plus qu'à sa logique.
     Il nous explique le fonctionnement de l'atelier qui n'est apparemment pas une chose courante. La plupart des artistes peignent dans leur communauté, située souvent à des centaines de kms de piste d'Alice Spring. Ces zones, réservées aux « Natives » sont interdites aux autres Australiens et plus encore aux touristes. Il faut demander un permis aux autorités Aborigènes qui gèrent elles-mêmes les « Outstations », ce que nous appellerions des réserves, et cela peut prendre des mois. La Yanda Gallery a, quant à elle, mis à disposition des artistes une maison dans la ville. Ils y restent le temps qu'ils veulent et peignent du matin au soir, nourris, logé, blanchis... et puis, un jour, appelés par leur communauté généralement pour des cérémonies, ils lèvent le camp brutalement.
     Les peintres sont généralement âgés, voire très âgés, c'est que, pour peindre tel « rêve » familial, il faut être initiés (cela se fait par étapes) et autorisé. Le système de parenté est d'une complexité telle que j'ai renoncé à comprendre mais il existe, semble t-il, pour chaque individu, une double appartenace (patrilinéaire et  matrilinéaire). Chaque lignée se réclame descendante d'un grand ancêtre, généralement animal ou fruit (Opossum, kangourou, serpent, baie...). Une personne porte le totem  paternel ou maternel en fonction d'un loi complexe. Les thèmes peints sont les « rêves » appartenant à la lignée.
    Mais ces « rêves » peints ont leur équivalent chantés, il s'agit des "Song lines". Comme les peintures racontent un plan ou un itinéraire, il existe des chants qui raconte la même chose. Ainsi se fait la transmission orale et l'enseignement aux enfants. Chanter ou peindre, cela revient toujours à conter l'histoire d 'un ancêtre qui a suivi tel chemin et à qui il est arrivé telle chose, ce qui a créé telle source, telle colline... Répéter cette histoire par tous les moyens, dans les cérémonies, dans l'enseignement... est indispensable pour régénérer le monde.
    Il importe également de refaire à pieds ( voire en voiture, aujourd'hui) ces itinéraires qui sont réels et qui appartiennent à la tradition. Ainsi les Aborigènes peuvent-ils, pour des raisons qui nous restent obscures, décider de partir et de cheminer le long d'un de ces itinéraires, le chant leur indiquant la route. Cette pratique qui déroute totalement les Blancs s'appelle le Walkabout.
    Peinture, chant et Walkabout sont des actes sacrés qui restent d'une grande actualité. La vie moderne a peu affecté les croyances profondes de ce peuple et, lorsqu'un Aborigène dit qu'il descend d'un Kangourou, même s'il a une voiture, un ordinateur et des responsabilités administratives, cela reste pour lui une réalité et un élément primordial de sa vie.
    Sheila vient nous prendre en voiture. L'atelier se trouve dans un quartier périphérique. Nous pénétrons dans une cour couverte où de très vieilles dames peignent à même le sol. Les toiles sur châssis, très grandes, sont posées à plat par terre, ce qui fait que les peintres, malgré leur âge, travaillent assises en tailleur ou à demi couchées. Cela rappelle que ces dessins ont été, pendant des millénaires, tracés sur le sol.
   A peine entrés et bien que tout cela se passe en plein air, nous sommes pris à la gorge par une odeur de fauve à la limite du soutenable. Cela me rappelle très précisément l'odeur d'un élevage de sangliers que j'ai visité l'été dernier.
 
A suivre
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Publié dans obsindep

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G
Est-ce qu'on pourrait comparer ces "voyages" aux pélerinages à Saint Jacques de Compostelle, par exemple ?
Répondre
S
la comparaison est judicieuse,  mais ce n'est pas seulement le pélerin qui va avoir un bénéfice dans l'histoire, c'est le monde tel que l'ont créé les grands ancêtres. Le monde a besoin des rites pour être régénéré, sinon, il va mourrir. C'est pourquoi le "Rêve", pour eux, c'est la Loi. D'où le problème avec les clôtures et les chamboulements apportés par les Blancs.