Jésus récupéré par les Aborigènes (Australie 18)

Publié le par Surcouf

Les nourritures du bush... il y manque les fourmis à miel (qui possèdent un abdomen translucide plein d'un délicieux liquide sucré) et les produits de la petite chasse  (lézard, serpents...) et de la grande (kangourous, opposums... etc) 
 
 
    Le lendemain nous retournons à l'atelier des peintres dans les faubourgs d'Alice Spring. Nos toiles sont là, tendues sur chassis. Les deux grand-mères, Jane et Gloria, aussi, toujours occupées à peindre à même le sol, d'immense toiles.
     Il y a du monde à l'atelier, notamment un vieux Blancs qui semble avoir beaucoup bourlingué, je ne pige pas bien qui il est, mais il a l'air d'en connaître un rayon sur les Aborigènes. Dans l'Outback australien, on rencontre un tas gens  inclassables. Il a des cheveux longs et raides, très blancs, et une mèche lui tombe sans cesse devant la figure. Je ne comprends pas son anglais, il discute avec Nico qui lui, semble saisir l'anglais avec n'importe quel accent bizarre. Il nous montre la reproduction d'une peinture aborigène pour le moins étonnante. Traitée à la manière de la peinture du désert (par points) elle représente la crucifixion. On voit un mont ( genre Golgotha) et trois croix (une grande avec deux petites ). Dans le ciel, il y a des cercles concentriques avec des sortes de rayons courbes autour. Je reconnais la manière dont les gens du désert représentent les lieux sacrés, les sortes de rayons signifient alors une émanation spirituelle, comme une aura, ce qu'on pourrait appeler, dans le jargon new-age, un corps astral. Je suis très intriguée. Bien sur je sais que les tribus ont été évangélisées bon gré mal gré (avec les abus qui vont avec), mais je trouve que cette interprétation montre une étonnante intégration  de l'évangile à leur propre culture. Le vieux type à cheveux blanc insiste sur cette image, il dit que les cercles sont les esprits des ancêtres venus chercher Jésus et que les Aborigènes ont l'art de digérer ce qui leur est enseigné et de le rapprocher de leurs propres croyances. J'ai lu par la suite des témoignages d'occidentaux qui ont constaté la sympathie des Aborigènes pour Jésus, ce grand ancêtre des Blancs venus enseigner l'amour de la création, et dont on répète les paroles et les actes, un peu de la même manière que eux-mêmes répètent à l'infini les parcours et les actes de leurs grands ancêtres.
      David, le directeur de la galerie, est présent à l'atelier. Il se montre particulièrement attentionné (il est vrai que, à présent, nous sommes des clients). Gloria et Jane se prêtent à une séance de photos en notre compagnie et avec les deux toiles. Puis on nous remet un paquet de photos prises aux différentes étapes de la peinture. Les œuvres ne sont pas signées, et pour cause, Gloria et Jane n'écrivent pas. Les photos, qui décomposent le processus, attesteront de l'authenticité des œuvres.
     David parle beaucoup et à toute vitesse, je ne saisis pas un traître mot de son discours, j'acquiesce poliment car il semble désireux de nous apprendre un tas de choses. Je compte demander à Nico des éclaircissements par la suite, hélas lui non plus n'a pas tout saisi. David possède de nombreux ouvrages sur les Aborigènes, il précise : « Ecris pour la plupart par des européens ou des américains ». Il se lamente sur le désintérêt des Australiens blancs pour les Aborigènes, et plus encore pour leur peinture (son fond de commerce) qui, n'est maintenant reconnue et appréciée que  grâce aux étrangers.
     Il nous montre de nombreuses photos et parmi elles des images sidérantes de l'initiation des garçons. Les mutilations sexuelles ou autres sont nombreuses et absolument terrifiantes. Elles questionnent vraiment sur ce besoin propre à la nature humaine de s'infliger des actes apparemment barbares.  Malgré ça, souligne David, la plupart des jeunes garçons, loin de s'y soustraire (aujourd'hui ils ont un choix relatif), souhaitent être initiés. Certes, la pression sociale doit être forte car l'individu Aborigène n'existe pas sans son groupe, mais tout de même, cela interroge. On parle beaucoup chez nous des mutilations sexuelles pratiquées dans les pays africains. Il est vrai que ces rites d'un autre âge sont à abandonner d'autant qu'ils ont perdu leur sens dans notre société, à supposer qu'il en ait eu un. En ce qui concerne les Aborigènes, au delà de la barbarie apparente, j'ai essayé de comprendre, grâce aux écrits d'ethnologues sur la question, ce sera le sujet du 19ème épisode de mon journal de voyage.
A suivre
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Publié dans obsindep

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G
Les mutilations sexuelles en Afrique sont faites sur les femmes essentiellement (en tout cas, je n'ai jamais entendu parler de mutilations pour les hommes, en dehors de la circoncision). C'est assez étonnant de la part des Aborigènes, en tout cas de ce que j'ai appris d'eux sur votre blog. De l'idée que je m'en faisais en tout cas.
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