Mutilations sexuelles, pourquoi ?( Australie 19)
Les wallabies sont moins peureux que les grands kangourous. Pour la photo, Nico a fait un truc défendu : il a attiré un wallaby avec des miettes de pain.Journal de voyage Australie
L'initiation des jeunes garçons Aborigènes est d'une dureté incroyable. Je pensais ces coutumes disparues mais il n'en est rien, il nous sera confirmé que peu d'adolescents se soustraient à cette épreuve. L'initiation est un ensemble, un rituel de passage assez long, compliqué et en plusieurs étapes, parfois séparées de plusieurs années, qu'il ne faut pas réduire, bien entendu, aux mutilations. Mais nous, occidentaux, c'est ça qui nous interpelle. On peut, à l'extrême limite, comprendre tous le cérémonial de nature à instruire, aguerrir, et endurcir le sujet, du genre être conduit en forêt, nu, les oreilles bouchées et les yeux bandés, être terrifié par le son des « bull-roarers » que l'initié prend pour la voix des Ancêtres (c'est un morceau de bois qu'on fait tourner au bout d'un fil pour produire un son aigu), être barbouillé de sang humain, en boire, avoir le nez percé... et autres joyeusetés... jusque là, bon, faut ce qu'il faut!...mais s'en prendre à un tel point aux bijoux de famille... à quoi ça sert?
On appelle ça « circoncision », mais franchement, ça n'a rien à voir avec ce qu'on connaît ! Le garçon est conduit en brousse, toujours les yeux bandés, et les opérateurs (des hommes de son clan ) font une incision à la base du pénis et en enlève tout l'épiderme à l'aide de couteaux en silex, un épluchage, en somme ! Pendant ce temps-là, dans le camp, la famille pleure sur le sort du jeune homme. Les « opérateurs » pleurent aussi (l'Aborigène a la larme facile) et offrent des présents à l'initié. Quand le sang de sa blessure est sec, le garçon retrouve la vue et l'ouïe, lui qui a cru mourir, qui a connu la terreur et la douleur extrême, identifie avec soulagement ses bourreaux comme les membres de sa famille bien aimée, on lui montre les bull-roarers qu'il découvre être de simples bouts de ficelle, il sait !... il est devenu un homme.
Mais c'est pas fini... deux ou trois ans plus tard, il subit la « subincision », rite moins important qui se passe en comité restreint. Il s'agit alors, si j'ai bien compris, d'inciser le pénis tout du long pour ouvrir l'urètre. Bien sur, faut pas voir que côté boucherie, tout ça est empreint de spiritualité ! On se demande après ça comment les Aborigènes arrivent à se reproduire... et pourtant ils le font depuis 30 000 ans, au moins!
Les filles s'en tirent bien, elles aussi ont une initiation, faites par le groupe des femmes et aussi secrète que l'est l'initiation des garçons, mais c'est, semble t-il beaucoup mois sévère, il s'agit surtout d'un de rite de puberté et d'initiation au mariage.
J'ai voulu en savoir plus, parce que la cruauté de certaines coutumes c'est une chose, mais si on en comprend pas le sens cela devient carrément une offense à l'intelligence. Je cite ici Mircéa Eliade, historien des religions (Mythes, rêves et mystères », Gallimard, p240-241) :
« L'adolescent commence par être terrorisé par une réalité surnaturelle, dont il expérimente, pour la première fois la puissance, l'autonomie - l'incommensurabilité – et, à la suite de cette rencontre avec la terreur divine, le néophyte meurt : il meurt à l'enfance, c'est à dire à l'ignorance et à l'irresponsabilité. C'est pour cette raison que sa famille pleure et se lamente : lorsqu'il reviendra de la forêt, il sera u autre, il ne sera plus l'enfant qu'il était avant. ... La peur, la souffrance, la torture l'obligent à assumer un nouveau mode d'être, celui qui est propre à l'adulte, c'est à dire qui est conditionné par la révélation presque simultanée du Sacré, de la Mort, et de la sexualité..... Les Australiens ont réagi de cette manière lorsqu'ils ont senti, du plus profond de leur être, leur situation particulière dans l'univers, c'est à dire lorsqu'ils ont réalisé le mystère de l'existence humaine »
Plus loin, Eliade élargit le sujet à toutes les épreuves mystiques ayant trait à la souffrance, y compris les tourments du St Antoine des Chrétiens(p256) : « A des niveaux différents, nous rencontrons le même schéma initiatique, comprenant les épreuves, les tortures, la mise à mort rituelle et la résurrection symbolique ... Le mystère de la résurrection spirituelle comporte un processus archétypique... il s'effectue chaque fois qu'il s'agit de dépasser un mode d'être pour déboucher dans un autre, supérieur, toutes les fois qu'il est question d'une transmutation spirituelle »... J'arrête là parce que je voudrais pas vous fatiguer, mais bon, résumons : Souffrir... mourir... ressusciter. En ce temps de Pacques, ça ne vous rappelle rien ?
Et s'ouvrir l'urètre, me direz-vous, à quoi ça sert ? Alors là, la psychanalyse vous sert une de ces interprétations sauvages dont elle a le secret : C'est, dit-elle, pour se rapprocher du sexe féminin, lui ressembler, se l'approprier, car la « subincision », par l'ouverture, associe l'appareil génital masculin à celui de la femme, et le jaillissement du sang, aux menstrues. Voilà qui donne à réfléchir, non ?
Grâce à cet ouvrage, je découvre que ces pratiques de mutilations sexuelles étaient (et sont peut-être encore) répandues sur toute la planète dans les sociétés dites primitives. Avis à ceux et celles qui pensent que seules les femmes en sont victimes.
A propos de femmes, si le sujet vous intéresse je vous conseille le dernier chapitre : « Les mystères de la femme », sur les sociétés secrètes traditionnelles de femmes et les cérémonies parfois orgiaques... mais précise l'auteur : « Pour des observateurs occidentaux - et, en Europe, surtout des clercs – de telles coutumes dénotaient surtout une dissolution des moeurs. Or il ne s'agit pas de cela, il ne s'agit pas de morale. La chose est beaucoup plus grave, car elle est essentielle à la vie. Il s'agit d'un grand secret : la révélation de la sacralité féminine; on touche aux sources de la vie et de la fécondité » (p 260).
De la spiritualité, vous dis-je... et tout est possible !
A suivre
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