A ceux qui n'ont pas vu "Le cauchemar de Darwin".
Lundi soir, sur Arte a été diffusé un documentaire sidérant que nous tous, en tant que consommateurs, devrions absolument avoir vu. C'est pourquoi je rebondis sur ce que l'on y apprend.
Le sujet n'est pas gai, cela se passe en Tanzanie et ça commence par une catastrophe écologique : dans les eaux du lac Victoria, autrefois très poissonneuses d'une grande variété d'espèces, un plaisantin a, un jour, lâché une perche... je ne sais si cette variété existe chez nous, mais cette perche là, la « perche du Nil » est une animal monstrueux, qui doit peser des dizaines de kgs et qui dévore tout ce qui bouge, y compris ses propres alevins !... Résultat : dans les eaux du lac Victoria, qui autrefois faisaient vivre tous les villages de ses rives, il ne reste que ces énormes prédateurs.
L'économie locale en est évidemment bouleversée, mais certains ont su en tirer parti. Et c'est là que les européens entrent en scène : Ils montent une usine de traitement de la perche, un truc moderne aseptisé où des employés en blouse immaculée, charlotte sur la tête, lèvent des filets de poissons sur une chaîne de découpe dernier cri.
Des avions cargos atterrissent à un rythme effréné et emportent vers l'Europe des chargement de perches du Nil superbement emballées.
L'auteur du document a suivi d'abord un équipage d'avion cargo russe dont les membres sont des habitués des navettes avec l'Afrique... et l'on apprend que chaque fois qu'un cargo atterrit pour embarquer du poisson il en profite pour débarquer des caisses d'armes de façon illicite mais tolérée. Cela servira à massacrer quelque population gênante ou récalcitrante.
Et l'on apprend aussi que cette pratique concernent de nombreuses denrées alimentaires qui proviennent de l'Afrique. Quoi de mieux pour amortir un transport ?
Un pilote russe, taraudé par sa conscience conclut tristement : A Noël dernier, les enfants d'Europe ont pu manger des raisins d'Afrique du Sud que nous avons transportés, mais les enfants de l'Angola ont reçu des kalachnikoffs que nous avions débarquées...
Ce commerce avec l'Europe a fait que le prix de la perche (désormais seul poisson du lac), a tellement monté que les africains ne peuvent plus l'acheter, tout part à l'exportation, pour le plus grand profit de quelques responsables locaux et des sociétés européennes.
Le journaliste a ensuite suivi le camion qui emporte les déchets (les arêtes et la peau), et où va t-il ce vieux camion rouillé et crasseux ? Il va benner ces détritus sans aucune précautions d'hygiène et à même le sol, dans un village. Les gens affamés font sécher ces arêtes grouillantes d'asticots sur des claies et ils s'en nourrissent, s'empoisonnant lentement, et développant toutes sortes de maux... cette séquence est une horreur.
La caméra s'attarde souvent sur l'environnement de ces « exemplaires » pêcheries tanzaniennes, recueille les confidences de gens ravagés par l'extrême dénuement, le sida. On découvre une société totalement destabilisée. Des hommes venus de l'intérieur du pays se font pêcheurs au service du seul employeur local. Ils vivent en communautés, sans leur famille mais avec des prostituées, véhiculant ainsi le sida. Les femmes sans ressources deviennent prostituées auprès des pêcheurs, ou auprès des blancs qui gravitent autour de l'activité des pêcheries.
Des bandes d'enfants orphelins, abandonnés, estropiés, tentent de survivre dans les rues.
Dans le même temps, des hommes d'affaires et des responsables européens serrent des mains et se félicitent du dynamisme de l'économie locale et de la qualité des produits.
Nous trouvons ces perches du Nil partout dans nos supermarchés, elles nous sont livrées au prix du ravage, de l'exploitation et de la souffrance des peuples du lac Victoria... et c'est sûrement à peu près la même chose pour bien d'autres produits en provenance d'Afrique.
En tant que consommateurs n'avons-nous pas une responsabilité et le pouvoir d'agir sur l'ignoble trafic ?
Belette
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