L'Art Aborigène « Des villes » AUSTRALIE (4)
Journal de voyage AUSTRALIE – Octobre 2005

Le jeudi matin, nous partons avec Rose acheter des victuailles sur le marché d'Adélaïde. Mais auparavant, nous décidons de visiter la « Tandanya gallery » un institut d'art Aborigène. L'exposition qui est proposés s'appelle : « Native Title Business ». et regroupe des travaux qui oeuvrent en faveur du droit à la terre et la reconnaissance par la loi australienne des coutumes traditionnelles. Dès l'entrée, le ton est donné puisqu'on nous remet une note d'information sur ces revendications et le combat qui est mené depuis les années 70 . Il y est question notamment de la « décision Mabo », une loi qui a permis aux « Natives » de récupérer leur terre et d'avoir leur mot à dire sur le passage des routes, des voies ferrées ou l'exploitation minièes.
Les toiles présentées pourraient sans problème s'intégrer dans une expo d'art contemporain européen, elles me parassent très affranchies de l'art traditionnel. Toutes sortes de techniques sont utilisées, le collage, la photo, la peinture acrylique, il y a de l'abstrait, du naïf, du figuratif... Je suis un peu déçue de ne trouver que quelques toiles vraiment traditionnelles.
Toutefois cette expo est saisissante par son aspect revendicatif, social, politique, on y lit les spoliations, le racisme, les exactions et la blessure profonde du peuple Aborigène, et l'actualité de sa lutte. Je regrette vraiment de ne pouvoir (pour des raisons légales) présenter ici quelques-unes des oeuvres du catalogue, car elles sont d'une grande liberté et surtout d'une grande force.
Je vais donc en décrire deux qui m'ont vraiment touchée :
–« THE FINAL ESCAPE » (l'ultime évasion) de Jacob Stengle (1997): Une femme couchée (agonisante ou morte) dans une étendue verte avec un enfant sur elle. Plus loin, une trace de sang. Cette oeuvre fait référence à l'enlèvement de femmes aborigènes par des chasseurs de phoques dans les premiers temps de l'établissement des Blancs dans la région d'Adélaïde. Ces femmes furent emmenées sur une ile proche de la côte (l'Ile kangourou) et réduites en esclavage. L'une de ces femmes s'évada et tenta de relier le continent à la nage avec son bébé. Elle parvint à Cape Gervis à bout de force et en mourut.
–« YALGOO » de Julie Dawling (2002) : Un vieux couple d' Aborigènes au visage triste, assis sur des chaises se tient par la main dans un paysage de désert. Hommage à la grand-mère et au grand-oncle de l'auteur, enlevés à 11 ans et placés dans un orphelinat de Perth suite à la dispersion d'une tribu dont le territoire contenait de l'or.
Si vous êtes interessés à voir ces peintures, laissez-moi un com, et je pourrai vous les adresser par mail
En fait il aurait fallu voir ce genre de peinture en dernier, parce que, historiquement c'est la plus récente des évolutions de l'art Aborigène. C'est ce qu'on appelle les « peintres des villes », bien que de nombreux ruraux en fassent partie. Elle est très importante pour la communauté aborigène qui était en manque de reconnaissance de son histoire et qui avait besoin de représentations de toutes les violences et exactions dont elle avait été victime.
Il faut préciser pour être juste, qu'aujourd'hui le gouvernement Australien fait beaucoup de choses pour lui permettre de vivre le moins mal possible et pour valoriser son art. Mais le chamboulement de cette société est tel qu'il est difficile aujourd'hui pour les Aborigènes de trouver une manière de vivre satisfaisante.
Nous passons la matinée à cette expo, ajournant l'achat des victuailles. Rose tord le nez. Elle-même est peintre, d'un autre genre évidemment...( elle peint de très beaux portraits d'ailleurs !) Et là, elle apprécie moyen. Nous sortons à 13h30, je réclame un lunch, ce qui semble le dernier de ses soucis. Elle me demande si je suis malade... et me suggère d' acheter une viennoiserie. J'exige de m'asseoir à une table. Il faut parfois être ferme!
Finalement on se fait un lunch-sandwich chez un Grec de Jérusalem récemment immigré. Rose tape la causette avec lui, raconte sa vie de Québecquoise atterrie en Australie. Ici, nous le verrons, les gens, qui sont tous des immigrés ou presque, engagent facilement la conversation et adorent raconter comment et pourquoi leur famille est arrivée là. Ils sont fiers de leur melting pot et se sentent Australiens avant tout.C'est un aspect très sympathique.
Après ça, nous achetons enfin des provisions au magnifique marché couvert d'Adélaïde puis faisons du shopping au Mall (rues commerçantes) Nico voit un superbe manteau d'aventurier. Il en a très envie. Il va réfléchir.
A suivre
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