Carnet de voyage AUSTRALIE (15)

Publié le par Surcouf

Un peuple sauvé par l'art 
     C'est dans la communauté de Papunya que le mouvement actuel de la peinture aborigène a vu le jour, ce qui a permis au peuple Aborigène de retrouver sa dignité et de faire connaître au monde la force de sa spiritualité
      Dans les années 60, le gouvernement australien parachevait son oeuvre de sédentarition forcée des groupes semi-nomades, dans le cadre de la politique d'assimilation. Une communauté fut créée qui réunissait plusieurs tribus reliées entre elles par un mythe commun (celui de la « fourmi à miel »). Des enseignants blancs y furent envoyés. L'un d'eux, Geoffrey Bardon, s'intéressa à la culture traditionnelle et, constatant l'aisance au dessin des Aborigènes, il encouragea quelques hommes initiés à peindre sur un mur, une fresque évoquant les mythes traditionnels. Ces dessins n' avaient été jusqu'alors reproduits que sur les objets sacrés ou sur les corps, lors de cérémonies, dans un but strictement religieux, ou encore sur le sable dans une tradition de l'éphémère qui n'est pas sans rappeler celle du mandala dans la culture bouddhiste. Aussi, de longues palabres eurent lieu pour décider s'il convenait de représenter le  « Rêve de la fourmi à miel » sur un mur. En définitive, le « propriétaire » du « rêve » donna son autorisation.
     La fresque fut peinte, puis d'autres suivirent. Elles furent détruites lors de la rénovation des bâtiments, mais l'idée était là, et d'autres peintres se mirent à produire, Bardon leur procura de l'acrylique et des plaques d'aggloméré. Sous son influence fut créée une coopérative des artistes de Papunya. Depuis lors (c'était en 1971), le mouvement n'a fait que se développer et s'étendre à de nombreuses autres communautés.
     Depuis cette époque, le peuple Aborigène  qui avait failli disparaître a recommencé à croître.
    Tandis que nous discutions, un homme est entré dans galerie comme chez lui, c'est un Aborigène d'une trentaine d'année, vêtu n'importe comment, pas très propre, cheveux gras en bataille, comme la plupart des Aborigènes, d'ailleurs. Il est clair que l'aspect extérieur n'a, pour eux, qu'un intérêt très secondaire, sauf les jours de cérémonies où le corps est peint. Ce n'est pas pour rien que les  peuples du nord de l'Australie ont inventé les dessins dits de style « rayons X » qui montrent l'intérieur des animaux ou des humains représentés au mépris de leur aspect extérieur.
    L'homme paraît triste et défait, il est possible qu'il ait bu. Malgré cela, Jim le reçoit chaleureusement. Il nous le présente comme le fils d'un artiste très connu qui est même allé présenter son travail à New-York. J'ai en effet, par la suite, retrouvé son nom dans différents ouvrages sur l'Art aborigène. A l'énoncé du nom paternel, le malheureux éclate en sanglots car son papa est mort depuis peu. Les Aborigènes, nous confie Jim, ont une sensibilité à fleur de peau, ils se laissent traverser par les émotions et les expriment sans retenue que ce soit la tristesse, la joie ou la colère d'ailleurs, d'où les engueulades et bagarres fréquentes. Nous avons vu plusieurs fois, en nous promenant dans les rues, des adultes, hommes ou femmes, pleurer à chaudes larmes sans que personne ne s'en émeuve autour d'eux. Sur une table sont présentées les oeuvres et la bio des peintres. L'homme s'en empare et se met à rechercher toutes les photos de son père. Il nous les présente une par une, en insistant sur celles qui le montrent à New York, ce dont il est apparemment très fier, tandis que des larmes mouillent ses joues. Puis il s'écroule dans les fauteuils de réception sans plus s'occuper de nous mais en continuant à pleurer. Il restera dans cet état de prostration toute la matinée disant de temps en temps que son père, d'où il est, s'adresse à lui et l'appelle;.
     En toute autre circonstance j'aurais pensé que c'était là délires d'alcoolique, mais est-ce la tolérance de Jim à son égard, le respect qu'il lui témoigne ou le sentiment d'étrangeté que suscitent ces personnes ?... je suis prête à croire, en cet instant, qu'il a vraiment établi un contact avec le monde de l'après-vie...
 
à suivre
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Publié dans obsindep

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G
Je n'ai pas pu venir hier, mais je me rattrape aujourdh'ui. Ces aborigènes sont passionnants. J'aimerais les rencontrer.
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