Journal de voyage AUSTRALIE (16)
Étonnante géologie
Ochre Pits : Toute la gamme des pigments naturels, site sacré des Aborigènes
Nous faisons la connaissance du directeur de la galerie, que nous appellerons, ici, David. Il nous propose de retourner à l 'atelier pour prendre des photos des toiles que nous avons acquises avec leur auteurs, nos deux grand-mères peintres, Gloria et Jane, et de visionner une vidéo tournée il y a plusieurs années par les Aborigènes eux-mêmes. Cette vidéo, qui montre des danses traditionnelles avec les rythmes et les peintures corporelles correspondantes a été tournée pour garder trace de la musique et des figures ( et je pense à la demande des Blancs), mais il ne s'agit en aucun cas de cérémonies réelles, lesquelles sont secrètes au point qu'elle ne se montrent ni aux non initiés ni entre hommes et femmes. Les premiers ethnologues, des hommes, ont écrit bien souvent que les femmes étaient interdites de cérémonies religieuses, en fait, elle ont leurs propres cérémonies qui sont interdites aux hommes. Il a fallu attendre des ethnologues femmes pour les décrire (par exemple Barbara Glowczewski*). Ils appellent cela « Business men » et « Business women » Nous acceptons avec enthousiasme et prenons date pour le surlendemain.
Le lendemain nous partons faire un périple dans les Monts West Mac Donnell. Il s'agit d'une chaînes de montagnes qui s'étend sur 150 kms au nord ouest d'Alice Spring. La route est goudronnée jusqu'à un point d'eau qui s'appelle Glen Helen gorge et où l'on peu dormir en bungalow. Sur le trajet, de nombreux sites intéressants, généralement des points d'eau qui surgissent miraculeusement dans ce désert aride où toute trace d'humidité semble absente en cette saison.
Nous prenons la route, espérant toujours voir un kangourou vivant... mais rien. De temps en temps, nous nous déroutons et empruntons un tronçon de piste pour atteindre un site. Ainsi voyons nous Simpson Gap, petite étendue d'eau glacée qui sourd entre deux énormes roches rouges et brûlants. La géologie de l'Australie me paraît tout aussi mystérieuse que ses premiers habitants! Nous avons le plaisir de contemple enfin toute une troupe de Wallabies, ces kangourous miniatures, qui vivent dans les rochers.
Plus loin, même phénomène à Ellery creek. C'est même un grand plan d'eau avec baignade et tables de pique nique. On peut partir de ce point pour faire de petites ou grandes randonnées à pied. Un panneau vous informe qu'il faut prévoir beaucoup d'eau, être respectueux des lieux qui appartiennent aux Aborigènes et laisser trace de son départ sur un petit cahier proposé à cet effet. Ainsi, si vous ne réapparaissez pas, les Rangers pourront se mettre à votre recherche. Il est vrai que la chaleur est terrifiante, et que les simples parcours à pieds pour rejoindre les sites sont épuisants. Nous renonçons à marcher d'avantage de crainte qu'un effort prolongé ne nous fasse tomber comme des mouches, d'autant que Nico n'est pas encore totalement remis de son coup de chaleur d'Alice Spring.
A propos de mouches, j'en ai déjà parlé, elles sont toujours là, à s'insinuer dans tous les orifices avec un sans gêne effarant. La plupart des gens sont équipés de filet à mouches, mais pas nous.
Plus loin, nous visitions un site sacré ancestral qui s'appelle Ochre pits. Il s'agit d'un gisement de pigments. Là une sorte de falaise laisse apparaître des terres qui vont du blanc pur au jaune primaire en passant par tous les ocres rouges et même une terre verdâtre. L'endroit comme souvent en Australie est aménagé de façon à ce que vous puissiez tout voir sans perturber le lieu et en toute sécurité. Il s'agit souvent d'un parcours sur planches qui domine les sites. Cela s'intègre assez bien dans le paysage . Nous respectons ces parcours tout en trouvant cela assez frustrant. Des photos d'archives de la tribu locale sont présentées, et on voit à nouveau des gens grands, minces et musclés, fiers et pleins de la force de leur immémoriale culture... si éloignés dans leur allure de la population que l'on voit dans les villes! et l'on mesure à quel point notre civilisation est destructrice...
On comprend que cet endroit ait fasciné les Aborigènes si épris de couleurs et de peintures. Les hommes seuls venaient dans cet endroit secret et sacré prélever les précieux pigments qu'ils rapportaient pour eux-mêmes et pour le groupe des femmes afin de peindre sur leurs corps leurs « Rêves » ancestraux et ainsi honorer et vivifier la création.
A suivre
* Barbara Glowczewski : « Les rêveurs du désert » Editions Babel
Publicité